Fils de Nissim Soriano,  issu à d’une de ces familles de juifs sépharades originaires de l’île de Rhodes qui émigrèrent au Katanga entre les deux guerres pour fuir les nazis (Rhodes était alors sous domination italienne), Moise Soriano Katumbi est né à Lubumbashi le 28 décembre 1964.

Il termine ses études primaires au Lycée Kiwele de Lubumbashi et ses études secondaires à la Mission de Kapolowe. Rapidement entré dans la vie active, il devient gérant des établissements qui portent le nom de son frère ainé, son mentor, Katebe Katoto.

Il crée sa propre entreprise pendant l'année 1987, entreprise appelée « Etablissement Katumbi » portant spécialement sur le secteur minier, agro-alimentaire ainsi que celui de transport. Comme son frère, Moïse opère à la fois au Congo et en Zambie, pays anglophone  sous la protection du président Frederick Chiluba (élu en 1091, réélu en 1996). Il y suit des séminaires de formation dans le domaine du management et s’y lance dans des affaires juteuses, transport, commerce, approvisionnement alimentaire, commerce d’émeraudes. Il sera éclaboussé par les affaires de corruption qui seront reprochées à Chiluba et devra fuir, abandonnant une partie de ses biens dont ses émeraudes évaluées par lui-même à 13 millions de dollars.

Après l'arrivée de Mzee Laurent Désiré Kabila, nouveau président victorieux qui vient de renverser le Maréchal Mobutu Sese Seko et s’autoproclamer Président,  Moïse revient de Zambie et s'occupe de la gestion de l'équipe du « Tout-Puissant Mazembe », le club de foot de Lubumbashi, qu'il dirige de main de maître en le ramenant en compétition africaine après une vingtaine d'années d'absence.

Il crée alors la société MCK (Mining Company Katanga) qui participe à la privatisation de la Gecamines en obtenant trois gisements miniers importants, à Kinsevere, Tshifufia et Nambulwa, au nord est de Lubumbashi. Le modèle de partenariat est un classique du genre : la Gecamines garde 20% des parts, et MCK en obtient 80%. Le contrat d’amodiation (location) prévoit la mise en exploitation du gisement de cuivre et de cobalt. Par la suite, Katumbi revend ses parts à la société australienne Anvil Mining, une société australienne, basée à Perth et cotée sous le sigle boursier de AVM à la bourse australienne (ASX) et à celle de Toronto (TSX) au Canada.

Toutes les transactions des entreprises cotées en bourse doivent faire l’objet de communiqués détaillés. C'est la règle absolue pour protéger les petits épargnants. Il en résulte une certaine transparence qui met au grand jour ce qui se décide dans les alcôves du pouvoir au Congo et les gains financiers réalisés au dehors. La rubrique « news » du site  d’Anvil affiche les communiqués qui détaillent les trois paiements encaissés par MCK/Moïse Katumbi.

Cette vente au plus haut de la bulle boursière spéculative lui rapportera 61, 3 millions de dollars.  A nouveau l’instinct et la chance jouent en faveur de Moise Katumbi.

La contribution d’Anvil Mining donne à Katumbi les moyens de financer une campagne électorale à l’américaine, dont bénéficiera aussi Joseph Kabila, originaire comme lui du Katanga mais pas de la même région, à qui il apporte le soutien de la population de la ceinture industrielle et minière de la province.

Ayant remporté le plus de voix de l’ensemble des élus du pays aux élections nationales, Moïse  se représente aux élections provinciales et fait à nouveau le meilleur score. Il sera élu gouverneur du Katanga par le gouvernement provincial.  

Elu, son objectif est de redéployer le Katanga, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan social, en rénovant les routes, les écoles, les hôpitaux... Dès son arrivée, de nombreux changements s’opèrent dans la province. Il initie l’interdiction de l’exportation des minerais bruts au poste de Kasumbalesa (frontière avec la Zambie voisine). A la faveur de cette mesure, la province du Katanga réalise des performances jamais égalées dans les annales des régies financières congolaises, impôts et douanes. Et developpe le secteur industriel obligé de raffiner le minerai brut en RDC. Ses opérations coup de poing à la douane de Kasumbalesa, par laquelle les minerais quittent le pays, mettent un frein au trafic et à la corruption et voient les recettes fiscales se multiplier considérablement. Mais ces recettes  sont perçues par l’Etat central qui étrangement ferme le robinet de la rétrocession des 40 % prévu par la constitution au bénéfice des provinces. C’est que la popularité de Moise commence à faire grincer les dents à Kinshasa.  D’autant qu’à peine élu, il investit lourdement dans le social et dans l’opinion.

Concurrent potentiel du fils Kabila, il déclare clairement ne pas être candidat à la prochaine élection présidentielle de 2011 mais sa popularité fait qu’il s’attire beaucoup d’ennemis, au point que certains déclarent que son avion a été saboté au retour d’un séjour à Kinshasa où celui-ci avait été laissé sous la surveillance de la garde présidentielle. Le train d’atterissage de son jet privé était resté bloqué lors de sa descente sur l’aéroport de Lubumbashi.  Par chance il avait assez de carburant pour atterrir sur une piste de secours à Johannesbourg en Afrique du Sud. Incident technique ou pas le  « Governatore » l’a échappé belle et l’image de Moise Katumbi, sauvé d’une mort tragique grâce à la bénédiction du Très Haut (dixit le presse), relance la polémique sur le destin de ce chef africain exceptionnel.

Moïse voue aussi un culte à l’autre Moïse, Moise Thombé, le leader sécessioniste des années 60,  dont il a retapé la limousine noire officielle décapotable. Tout un symbole de la puissance katangaise, cette province qui possède 80 % des resources minières de la RDC.  Et si Moise se déclare prudemment  unitariste de cœur et de conviction, il n’hésite pas à surfer sur la tradition et les symboles du sécessionisme katangais.

Sa réussite dans les affaires le booste dans la vie politique et il veut frapper les esprits. Lors de l’anniversaire de l’indépendance et dans la meilleure tradition du chef africain généreux,  il offre vingt-cinq ambulances valant près d’un million de dollars. Trente-sept véhicules Pick-Up de marque Nissan tout terrain valant 700.000 dollars. Deux cent vingt-deux tracteurs agricoles achetés pour près d’1,5 million de dollars. Quinze véhicules pick-up valant un demi-million de dollars. Vingt-neuf transfos à huile. Douze véhicules modèles Patrol. Huit Land-Rover Pick-up Defender. Quatre véhicules Land-Rover modèle Discovery. Des équipements pour la Radio Télévision Nationale pour un demi-million de dollars, des équipements de musique pour la police pour près de 200.000 dollars... La dépense donne du vertige à l’échelle d’une province de R-dC : elle avoisine les 10 millions de dollars.

Il va vendre, à très bon prix, au plus haut de la bulle spéculative, ses actions de la société multinationale nord-américaine qu’il avait aidé à s’implanter en RDC, sous pretéxte de moralité publique et afin de ne pas être juge et partie. Il abandonne l’actionnariat minier proprement dit et ses risques boursiers confirmé par la crise, lui préfèrant la sous-traitance et les travaux de découverture, où ses engins de travaux publics aplanissent le sol et exploitent le terrain pour les sociétés multinationales. Il assure aussi le transport et l’exportation internationale, deux formes de sous-traitance qui le rendent moins dépendant d’une seule société.

Devenu gouverneur du Katanga, Katumbi est officiellement en retrait des affaires, il inscrit sa société MCK… au nom de sa femme, une jeune burundaise d’un deuxième mariage qui a fait une haute école de management et de commerce en Europe. Les mauvaises langues assurent que les camions rouges du gouverneur ne font pas vraiment la file à la douane…

C’est que les investisseurs accourent vers ce nouvel Eldorado du bassin du Congo et  nombreux ont pris part au défilé organisé à l’occasion de son investiture comme gouverneur. Les investisseurs viennent de la lointaine Chine, de l’Inde, du Japon, des États-Unis, d’Afrique du Sud, de la Corée, du Canada, etc. 

Mais il veut imposer aux sociétés minières de payer anticipativement les factures d’électricité afin de pouvoir électrifier les quartiers populaires avoisinant ces compagnies multinationales. Mal lui en prend, les plaintes pleuvent à la direction de la Banque Mondiale à Washington et il se fait taper sur les doigts pour avoir voulu imposer des surtaxes illégales. Mais il parviendra tout de même à imposer des travaux publics et des sponsorings à ces entreprises étrangères qui ont autant besoin d’un gouverneur venu du business que lui-même a besoin des investisseurs pour réussir son pari politique. 

Mais derrière les discours, qui est vraiment Moïse, quelles sont ses contradictions, ses ambiguités, son alchimie politique, son sens de la communication, son dialogue avec le peuple congolais qui voit en lui un nouveau Messie ?