Après « Katanga Business » où Moise Katumbi l’un des personnages clé de cette parabole sur la mondialisation, pourquoi vouloir faire un documentaire sur ce seul personnage ?

Moïse Katumbi symbolise aujourd’hui une nouvelle génération prête à prendre en main la direction politique du destin des grands pays africains. Il fait partie, comme d’autres, de ces leaders politiques qui viennent du monde des affaires et qui jouissent de fortunes impressionnantes. Paradoxalement pour des européens, c’est leur fortune qui assure leur popularité, non seulement en termes de marketing électoral, mais en termes de crédibilité ; beaucoup ont  cette conviction que celui qui arrive riche à la tête d’une province ou d’un Etat n’a donc plus besoin de siphonner les caisses publiques pour assurer son enrichissement et une retraite dorée.

Il est évident qu’avec Moïse Katumbi, nous sommes dans le cas d’un Berlusconi africain, d’un communicateur exceptionnel, d’un homme au charisme et à la séduction incontestable, dont la culture métisée lui permet de jouer sur deux tableaux, celui de l’âme africaine et celui des intérêts occidentaux. Nous sommes en tout cas devant un des leaders de la République démocratique du Congo, qui pourrait devenir président de cette immense pays africain, qui depuis les indépendances n’a connu que tragédies, rendez-vous manqués avec l’Histoire.

Depuis l’époque où,  petit exploitant de pècheries, il conduisait lui-même les camions remplis de poissons, du bord du lac Tanganyika vers les grandes villes d’Afrique du Sud, jusqu’aujourd’hui où il est à la tête de plusieurs sociétés liées à la sous-traitance minière et au transport, le temps a fait son œuvre de ce businessman africain. Il est aussi à la tête du premier club de football congolais « le Tout-puissant Mazembé » et par amis interposés  d’une télévision privée « Niota » (ce qui veut dire étoile), tout en étant le principal sponsors de quasi tous les médias katangais. Tout a réussi à Moïse Katumbi. Et sa reconversion en homme politique s’est faite avec une rapidité fulgurante qui en a étonné plus d’un, comme s’il était vraiment ce Moïse de la Bible dont il se revendique.

Personnage éminemment cinématographique, il permet de prolonger la réflexion sur le pouvoir, son alchimie, ses stratagèmes, réflexion commencée par Thierry Michel voici une décennie avec Mobutu, Roi du Zaïre. 

Mais à la différence de Mobutu, Roi du Zaïre, construit comme un puzzle à partir de ces centaines d’heures d’archives visionnées de par le monde et du témoignages des différents cercles concentriques des proches autour du président dictateur. Dans le cas de Moïse Katumbi, c’est son ascension et sa conquête du pouvoir que Thierry Michel a suivi durant plus de 6 ans.

Habile stratège politique, Moïse Katumbi base sa réussite sur son charisme, sa puissance de séduction, les médias qu’il contrôle, mais aussi le pouvoir de l’argent. Il se construit un personnage de légende pour faire rêver le peuple katangais, en soignant son image afin de donner une vision très lisse de son personnage.